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🎧 Charline Picard, chargée de communication numérique au Grand-Orly Seine Bièvre

Nous partons à la rencontre de Charline Picard, chargée de communication numérique au sein de l'établissement public Grand Orly-Seine-Bièvre. Ensemble, nous allons plonger dans les coulisses de son métier, de l'organisation de ses missions quotidiennes à l'articulation entre le numérique et de stratégie globale. Nous aborderons le droit public, mais également des sujets de fond comme les circuits de validation et une question brûlante, est-ce bientôt la fin des réseaux sociaux ?

, Mis à jour le  —  Lecture 9 minutes

Charline Picard
Charline Picard

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Damien Pfister : Bonjour, bienvenue dans le podcast de l’Observatoire de la Communication Publique Numérique, pour parler communication, numérique, action publique, mais surtout intelligence collective. Je suis Damien votre guide pour cet épisode. Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Charline Picard, chargée de communication numérique au sein de l’établissement public Grand Orly-Seine-Bièvre. Ensemble, nous allons plonger dans les coulisses de son métier, de l’organisation de ses missions quotidiennes à l’articulation entre le numérique et de stratégie globale. Nous aborderons le droit public, mais également des sujets de fond comme les circuits de validation et une question brûlante, est-ce bientôt la fin des réseaux sociaux ? Bonne écoute !

Bonjour Charline, merci de m’accueillir, est-ce que tu peux te présenter et présenter ta collectivité s’il te plaît ?

Charline Picard : Oui, je m’appelle Charline, j’ai 47 ans et je suis chargée de communication numérique au Grand Orly-Seine-Bièvre. Le Grand Orly-Saint-Bièvre c’est un Établissement Public Territorial, EPT pour les intimes. Je pense que pas grand monde sait ce que ça veut dire, c’est une intercommunalité qui regroupe 24 villes, mais dans la très grande métropole de Paris.
Sur le papier c’était écrit « content manager » pour mon poste, mais moi j’aime pas dire ça, je préfère dire chargée de communication numérique.

Damien : Merci Charline, est-ce que tu peux nous expliquer ton quotidien ?

Charline : Je nourris le site et l’intranet avec des éléments d’agenda, avec des actualités. Je publie sur les réseaux sociaux, donc au Grand Orly-Seine-Bièvre on utilise Facebook, Instagram, Youtube et LinkedIn bien sûr. Plus un peu de modération, de réponses aux questions avec les internautes.

Damien : Donc aujourd’hui vous avez trois principaux réseaux sociaux en usage ?

Charline : Je dis oui mais il y a Youtube, mais c’est vrai qu’on le sous-emploie, c’est plus une plateforme où on va héberger nos vidéos, c’est vrai qu’on ne l’anime pas vraiment.

Damien : Est-ce que tu peux nous présenter ton parcours professionnel ?

Charline : Mon parcours est un peu atypique, mais moi j’ai fait du droit public, c’est-à-dire que j’ai suivi une formation universitaire et professionnelle axée sur le droit des collectivités locales, et elle avait cet avantage qu’à côté des cours théoriques, universitaires, en amphithéâtre ou en classe, on avait des interventions menées par des professionnels qui étaient en poste dans des collectivités locales, et qui incluaient aussi une expérience professionnelle, donc sous forme de stage chaque année.

Damien : Donc tu as découvert la communication publique en faisant du droit public ?

Charline : Oui on peut dire ça, alors en même temps je pense que j’avais un peu la fibre déjà. C’est-à-dire que je m’intéressais à l’art depuis toute petite, je me suis investie dans l’association des étudiants, et j’aimais écrire dans la petite lettre de ma formation. J’aimais bien faire des affiches pour donner envie aux gens de participer à un colloque, à des soirées étudiantes. Je me suis vite rendue compte que construire une affiche et donner envie, il fallait le faire avec une économie de mots, donner un ton, ne pas surcharger l’affiche.

Damien : Merci, et après tes études, tu as quoi comme expérience professionnelle ?

Charline : Alors j’ai été chargée comme généraliste dans une mairie, d’ailleurs avant de travailler ici je n’ai travaillé que pour des mairies. Et là où je trouvais que mon parcours était un peu bizarre dans le paysage des chargés de com qui peut-être ont appris au sein d’une formation qui les forme, je ne sais pas moi, au marketing, qui les forme au web, etc., je me disais que, je me dis maintenant en fait que ce parcours il a été une chance, je suis arrivée sur le marché du travail avec un concours de la fonction publique territoriale en poche, le concours d’attaché, donc voilà à 24 ans j’étais déjà titulaire.

Damien : Merci Charlène pour cette présentation. Est-ce que tu peux nous partager tes tips ou tes petits conseils pour faciliter ton travail au quotidien ?

Charline : En fait, je ne sais pas trop comment est faite la tête de mes homologues, mais la mienne elle est remplie, saturée tout le temps, de choses à faire, de gens à qui il ne faut pas oublier de répondre, j’ai cet article en cours de relecture, il faut que je pense à l’avancer, le terminer, et donc j’utilise différents outils qui facilitent vraiment mon quotidien et qui me permettent de rien oublier. Donc j’utilise Trello qui est une sorte de petite plateforme en ligne pour indiquer différentes tâches en cours, moi ça m’aide vraiment à prioriser ce que je dois faire dans la journée, j’ai aussi une colonne où j’indique ce qui arrive pour l’avoir en ligne de mire et ne pas l’oublier parce que parfois je suis dans le rush à construire un article, un post, mais en souterrain, je ne sais pas comment dire ça, en sous-marin peut-être plutôt, je mûris dans ma tête un autre sujet qui va arriver et donc j’aime bien l’avoir comme ça sous les yeux.

Damien : Et du coup c’est un outil que tu partages avec d’autres membres de l’équipe ou c’est un outil que tu utilises toute seule ?

Charline : Là où je travaillais juste avant, on l’utilisait en équipe et là je l’utilise vraiment pour moi, ça remplace les post-it, c’est vraiment moi et mes tâches de la journée. J’utilise aussi Notion qui me permet de planifier mes posts, mes stories, ça me permet de travailler mes contenus à l’avance et de publier en faisant un copier-coller, en fait j’ai déjà travaillé mon texte.

Damien : Et Notion aussi c’est un outil qui est payant j’imagine ?

Charline : Moi j’utilise une version qui est gratuite, j’ai eu un peu de mal à me familiariser avec mais depuis que je l’utilise vraiment ça a changé ma vie. J’ai une vision on va dire à trois semaines des posts que je veux faire, alors parfois il y a des bougées entre la réalité et ce que je vais réussir à faire mais ça me permet de mettre de l’ordre dans mes priorités, d’écrire sur un sujet qui m’inspire mais il n’est pas encore tout à fait mûr et donc je place mes petites billes dans mes articles au fur et à mesure. Ça me permet aussi de voir comment s’articule, comment je déploie mon sujet sur Facebook, sur Instagram, sur LinkedIn et de travailler des angles différents et pas tout dans la même fenêtre/coffre méta en disant comment voulez-vous personnaliser ? Là vraiment je fais en utilisant Notion, j’arrive vraiment à avoir une réflexion propre pour chaque réseau social.

Damien : Très bien. Et sur les thématiques, tu disais que tu avais le champ libre sur les sujets notamment peut-être sur l’écriture d’articles, est-ce qu’il y a une projection sur les sujets qui doivent être abordés dans les prochaines semaines, les prochains mois ?
Comment ça fonctionne ?

Charline : On a un comité éditorial toutes les semaines qui permet à la directrice de la communication de nous faire remonter les sujets on va dire un peu transversaux, ce qui fait l’actualité des services. C’est assez compliqué ici parce qu’on est une grosse administration, on n’a pas forcément la possibilité de se croiser à la machine à café qui est quand même un endroit stratégique parfois pour en apprendre beaucoup sur ce que font les collègues. Ce comité il est bien pour ça parce que la directrice de la com est là, parce que le photographe est là, qui lui aussi entend les sujets et peut être parfois sollicité pour être présent lors d’un atelier, lors d’une inauguration, donc c’est une bonne source d’information et ça permet d’orchestrer les sujets, d’être au courant de ce qui se fait aussi à la créa pour le print, de pouvoir penser une com synchronisée.

Damien : Tu parles beaucoup de la charge mentale qu’on peut avoir en tant que chargée de communication et j’aimerais que tu me partages si tu as aussi des conseils à donner à des chargées de communication.

Charline : C’est sûr qu’on embarque le boulot chez soi, parfois je me réveille, je suis en train de boire mon café, je suis en train de penser à ce que je dois faire dans la matinée qui arrive ou parce qu’une idée de titre ou d’accroche me viens et parfois c’est dans des horaires hors boulot, c’est comme ça. C’est aussi difficile parce que sur mon téléphone je vois passer des notifications, parce que j’ai envie d’aller voir ce qu’a donné un post, parce que je veux voir combien il y a de likes, je veux voir si ça réagit, donc c’est vrai que c’est difficile d’appuyer sur le bouton stop. Je dirais qu’un bon conseil ce serait de dissocier, si on a la chance de pouvoir avoir un téléphone professionnel, ce serait de pouvoir dissocier ses comptes, d’avoir son téléphone pour appeler la maîtresse, pour appeler la famille, pour poster à titre personnel et de réserver les postes pro ou la veille ou la modération sur son téléphone pro.

Damien : Concernant les posts que tu prépares, est-ce qu’il y a une procédure de validation ou de vérification avant tes poste ou les contenus que tu vas produire ?

Charline : Alors pas du tout, et ça franchement je trouve que c’est une chance, je me sens libre d’écrire ce que je veux, je crois que ça me ferait péter un câble si je devais tout envoyer à valider. J’imagine un truc qui serait hyper long, j’attends qu’on me réponde, alors que là je suis assez spontanée et parfois je m’offre des libertés dans le ton et ça c’est vraiment agréable. Après, je suis bien contente qu’il n’y ait pas ce processus de validation sur des petits sujets pratico-pratiques, des retours en images, mais j’ai quand même cette conscience professionnelle de m’interroger, de me dire que si le sujet est sensible ou qu’il y a un vocabulaire que je ne maîtrise pas bien ou une politique publique que je ne maîtrise pas bien, je pense que je prendrais la précaution de demander ou de soumettre mon post à ma directrice ou au chargé de communication qui travaille sur le sujet en question.

Damien : Merci Charline. Est-ce que tu as des recommandations pour booster l’engagement aujourd’hui ?

Charline : Alors j’en ai plusieurs, je n’ai pas de recette magique, je précise, mais quelques petites astuces de bon sens je dirais. Avoir une ligne éditoriale pour chaque réseau social c’est primordial. Une ligne éditoriale ça veut dire quoi ? Qu’est-ce que je raconte si on fait des copier-coller sur Instagram et sur Facebook et dans LinkedIn ? Je ne vois pas quel intérêt les gens auraient à nous suivre sur les trois, il n’y a rien de personnalisé. C’est important de savoir ce que viennent chercher les internautes sur chacun de ces réseaux sociaux. Sur Facebook par exemple, nous avons défini une ligne qui est de donner une information pratico-pratique. Sur Instagram, on utilise l’image, si possible de la belle image, photos, vidéos pour illustrer et expliquer nos politiques publiques. Et sur LinkedIn, c’est le réseau social de la recherche d’emploi, donc on y publie nos offres et aussi nos actions favorisant l’emploi sur le territoire. Ça a l’air de rien dit comme ça, mais ça donne un cap, ça donne un cadre sur la manière, sur les posts que je vais publier.

Damien : Et du coup, dans le cadre de cette éditorialisation, est-ce qu’il y a un document central ? Est-ce que c’est centralisé ?

Charline : Oui, ça a été écrit noir sur blanc.

Damien : Et c’est partagé du coup ce document ?

Charline : Ça a été partagé au moment de son élaboration. Je pense que ça mériterait d’être ressorti régulièrement. Sinon, concernant l’engagement, je dirais que ce qui est pas mal, c’est de regarder ce qui fonctionne, de varier ses posts. Un coup carrousel d’images, un coup vidéo, un coup un lien. De ne pas hésiter à se faire plaisir aussi dans la manière dont on rédige. Ok, c’est de la com institutionnelle, ok, c’est sérieux à la fin, mais une accroche bien rédigée qui donne envie de lire la suite, ça change tout. C’est pas interdit de faire de l’humour et c’est pas interdit de se faire plaisir en écrivant. Moi, je le vois les quelques fois où je me permets un peu de malice, un ton un petit peu décalé. Sur LinkedIn par exemple, ça fonctionne bien. Je vois immédiatement des retombées au niveau de l’engagement. Donc, ça va être des gens qui vont liker ou qui vont mentionner d’autres personnes. Sur Facebook, le fait de respecter notre ligne éditoriale qui est de publier du pratico-pratique, ça correspond peut-être aussi à une tranche d’âge qui est présente sur ce réseau social là. Mais ce que je veux dire par là, c’est qu’on donne des infos pratiques pour faciliter le quotidien. Ma poubelle est cassée, comment je la remplace ? Il y a une collecte éphémère ce week-end, qu’est-ce que je peux y apporter ? Des stages de natation, appris-service public. Et en fait, ça fonctionne vraiment bien. Donc non, quand on me demande de faire de la communication, on va dire, un peu généraliste, descendante, je sais que c’est pas sur Facebook qu’il faut que je publie ce genre d’informations. Une autre astuce, c’est que je vais chercher les gens là où ils sont. Donc je partage mes contenus via un profil fictif dans des groupes d’habitants. J’ai essayé d’en choisir un par ville, ceux qui avaient le plus de, pas forcément le plus de followers, mais ceux qui sont vivants et qui publient chaque jour.

Damien : Tu parlais de groupes, j’ai même vu que c’est les groupes « quand tu viens de… » etc. C’est ces types de groupes là que tu parles ?

Charline : Oui, je pense à ce type de groupe. Mais sur ceux qui s’appellent « Tu sais que tu viens de… », souvent ce sont des gens qui ont quitté la ville, qui veulent se remémorer. Finalement, on a un grand fourre-tout de profils à l’intérieur. Donc je vise plutôt des choses qui s’appellent, des groupes qui s’appellent « vivre à tel endroit », « entraide et service », « bons plans et échanges dans telle ville ». L’effet sur la visibilité du post est quand même incroyable.

Damien : J’aimerais qu’on aborde le futur et je voudrais savoir comment tu imagines nos métiers de communicants dans l’avenir, dans les dix ans qui viennent.

Charline : C’est une bonne question parce que je me la pose souvent. Franchement, je ne suis pas très optimiste sur l’avenir des réseaux sociaux. Je pense que c’est amené à disparaître. Il y a de moins en moins de monde sur Facebook, Instagram peut-être encore un peu. Les jeunes vont toujours trouver des nouveaux espaces ou consommer de la vidéo générée par l’intelligence artificielle. Moi, je pense que l’avenir sera peut-être à bien nourrir son site internet pour qu’il soit exact, fiable, à jour parce que je pense que l’avenir, c’est des robots digitaux qui scannent nos sites et les gens, avec leur téléphone, poseront des questions. « Donne moi les horaires de la bibliothèque. »

Damien : Merci Charline. Est-ce que tu as un dernier mot pour clôturer cet entretien ?

Charline : J’ai entendu, oui, j’ai un mot. Non, je n’ai pas un mot, j’ai plusieurs mots. Je dirais que l’importance, c’est de se faire plaisir en écrivant, de se faire plaisir en tournant une vidéo, de se faire plaisir en traitant un sujet qui nous semblait compliqué ou technique et ça, ça change tout. Et j’ai envie de dire aussi, essayez de vous mettre à la place de la personne qui vous lit. On est tout le temps soumis à la pression de tel service, tel directeur qui veut qu’on publie sur tel sujet et moi je dis qu’il y en a marre de l’information descendante et que pour être lu, il faut attraper les gens, attirer leur curiosité sur ce qui les intéresse. Si on veut parler du plan local d’urbanisme, on intéressera davantage les gens en leur disant « Puis-je agrandir ma maison ? Qu’est-ce qui va se construire sur le terrain en face de chez moi ? » plutôt qu’à délayer ou broder, c’est comme vous l’entendez, à servir plein d’arguments de pourquoi notre collectivité le fait. C’est bien de contextualiser, mais on peut le faire en fin de post, on peut diriger vers un article qui contextualise, il y a plein de manières d’aborder le sujet, mais surtout pour attirer l’attention, il faut être catchy.

Damien : Et c’est ainsi que nous renfermons cet épisode des Rencontres de l’Obs. Nous espérons que ces échanges vous auront éclairé sur les enjeux, les défis et les innovations au cœur des relations entre les institutions et les citoyens. La communication publique est le moteur essentiel de la confiance démocratique et de l’efficacité de la fonction publique.

À bientôt !