⭐ 5 bonnes raisons de lâcher google analytics pour matomo

En tant que collectivité territoriale en 2020, il est de notre devoir de communicants publics de nous interroger sur l’ensemble des conséquences de l’utilisation des produits Google.
Fiabilité, éthique et expérience utilisateur, je vois aujourd’hui 5 raisons principales de passer de Google analytics à Matomo :

Par Patrice Razet

1. Pour multiplier par 3 votre audience

Depuis l’arrivée de la RGPD (et même avant en réalité), il faut un “consentement explicite”, c’est à dire une action de clic volontaire d’un internaute pour qu’un cookie puisse être déposé sur son terminal. C’est à cette condition que sa visite commence à remonter dans les stats sur Google analytics.

Le problème, c’est que de nombreux internautes n’acceptent pas les cookies (par omission ou volontairement). Bilan : ces visites pourtant bien réelles ne sont pas remontées dans vos statistiques sur Google.

En migrant de Google analytics à matomo, les statistiques de fréquentation du département de Maine et Loire ont progressé de 120 %. Non, nous n’avions pas 55 000 pages vues en janvier 2019 mais 115 000.
Pouvoir présenter des chiffres plus importants à vos décideurs est déjà intéressant en soi, pour les sensibiliser sur l’importance d’investir dans les outils numériques.

Nombre de pages vues sur maine-et-loire.fr en janvier 2019, selon Google analytics ou matomo.

Nombre de ceux qui sont passés de Google à matomo ont fait le même constat. Une partie importante des visites sur Google ne sont pas comptabilisées.

Pendant plusieurs mois, pour expérimenter matomo et vérifier sa fiabilité, nous avons laissé tourner les deux outils en parallèle. C’est ainsi que nous avons découvert que certains contenus sont beaucoup plus fréquentés que nous le pensions. Notamment, tous les contenus avec fort taux de rebond : actualités, dates d’agenda. Dans le tableau ci-dessous, vous avez un comparatif entre les pages d’actualités vues au mois de septembre 2019 sur le site maine-et-loire.fr, à gauche selon google analytics, et à droite selon matomo. Ce comparatif livre de nombreux enseignements :

  • notre rubrique actualités est 4 fois plus fréquentée que nous ne le pensions
  • le sujet sur la navigation sur les rivières intéresse beaucoup plus qu’on ne pouvait le croire.
  • de même pour le sujet sur les produits locaux, qui n’était pas la 6e actualité la plus vue mais la 3e…

Que vaut un reporting, si précis soit-il, s’il oblitère les 2/3 des utilisateurs ? Pouvez-vous encore vous fier à des statistiques pour effectuer des choix stratégiques sur vos sites si celles-ci déforment la photographie sur le comportement de vos visiteurs ? Ne risquez-vous pas de passer à tout moment à côté de signaux faibles, d’un bad buzz ou d’une attente importante ?

Pour moi aujourd’hui, rester sur Google analytics, c’est analyser des données biaisées. Sauf à ne pas respecter le RGPD où à installer un bandeau cookie recouvrant la totalité de l’écran.

2. Pour dégager le bandeau cookie

Parlons justement de ce bandeau cookies.

Rappelez-vous de l’étape de conception de votre site. Vous aussi vous avez passé des heures en réunion à parler webdesign avec toute votre équipe, le Cabinet, un panel d’utilisateurs voire les élus et le comité de direction. Chaque point a fait l’objet d’une attention particulière, parfois même de vifs débats et de multiples aller-retour avec l’agence. Objectif : un site moderne qui donne la primeur à la qualité de l’expérience utilisateur ? Pourtant, qu’on se le dise, tous vos usagers sont accueillis par un bandeau fort disgracieux qui gâche la qualité de l’expérience en ligne.

Ce bandeau n’est pas une fatalité. Comme l’explique la CNIL, des outils tels que Matomo, AT internet ou Trustcommander permettent de se passer de bandeau de consentement. Pour offrir la meilleur expérience à vos utilisateurs.

3. Pour respecter la vie privée de vos utilisateurs

” La protection de votre vie privée est notre priorité “. Quel mensonge ! Bien souvent, les éditeurs de sites ne se posent pas la question de la conséquence d’une collecte de données via Google Analytics sur le respect de la vie privée de leurs utilisateurs. Ils l’ont juste pris parce que l’outil fait bien le job et qu’il est gratuit.

Vous connaissez l’expression : “si c’est gratuit, c’est que c’est vous le produit”. Dans le cas présent, il faudrait plutôt dire ” si c’est gratuit, c’est que vos utilisateurs sont les produits “.

Google, ce sont des outils très performants… monétisés grâce aux données personnelles collectées qui permettent un ciblage publicitaire ultra précis. Ca, vous le savez. Mais justement, c’est là que le bât blesse. En installant Google analytics sur votre site, vous permettez à ce dernier d’en apprendre énormément sur le comportement et la vie privée de vos usagers. En tant que collectivité, qui potentiellement propose des services sociaux, les données collectées sur vos usagers ne sont pas neutres.

Ils visitent une page sur la crèche municipale. Mmmh, ils vont avoir un enfant prochainement (check la publicité pour les couches). Ils veulent connaître les horaires de piscine, peut-être auront-ils besoin d’un maillot ? Pour les sites qui comprennent par exemple des pages sur le handicap, les difficultés financières ou sociales, les problèmes de couple ou la maladie, l’enjeu devient crucial. Les collectivités deviennent indirectement fournisseurs de données personnelles parfois très intimes sur leurs usagers.
J’exagère ? Allez faire un tour sur Google ads, et parametrez une campagne. Vous constaterez qu’il est hyper facile de cibler des utilisateurs sur toutes sortes de critères. La pertinence et la finesse de ces ciblages tient notamment à l’historique de navigation de ces utilisateurs sur un grand nombre de sites internet ayant tous joyeusement installé Google Analytics “parce que c’était gratuit”. En tant que collectivité, cela doit nous interroger.

4. Pour sauver la presse régionale

Nous sommes de moins en moins nombreux à acheter le bon vieux canard et de plus en plus nombreux à nous informer via les réseaux sociaux et internet. La diffusion des journaux baisse et le tarif de leurs espaces publicitaires suit cette tendance. De plus en plus d’annonceurs se sont également détournés les dernières années des régies publicitaires de la presse, pour réorienter leurs dépenses vers le web. À eux deux Google ads et facebook représentent 75% du marché publicitaire en ligne.

Il suffit de programmer une campagne sur Google ads pour comprendre la facilité et la puissance de l’outil : choix des sites sur lesquels vous diffusez, ciblage démographique fin et message affiné en fonction du sexe ou de la profession de votre prospect, tout est possible. Mais une fois encore, la force de cet outil réside en partie dans la quantité de données collectée sur votre site (le fameux big data).
Bilan : plus de revenus pour Google, moins pour la PQR, qui taille dans ses rédactions. En tant que communicants publics, cela ne peut vous laisser indifférent. Moins de journalistes, c’est moins de présents à vos points presse et moins de relais de vos actions. C’est moins d’analyse territoriale et un gros manque à gagner pour le pluralisme et la démocratie. Avec tous les risques que cela comporte…

5. Pour être propriétaire de vos données

Et si demain Google rendait payant sa solution d’Analytics ? Impossible, dites-vous ? Pourtant, en 2018, Google a rendu payante l’utilisation de Google maps pour les professionnels. Désormais, il faut entrer un numéro de carte bleue pour utiliser de manière illimitée cet outil. Au passage, la technique était assez peu élégante, puisqu’entre l’annonce et la mise en place de la mesure, les développeurs de sites n’ont eu que deux mois pour se retourner.

Alors, seriez-vous prêt à payer ? Peut-être le ferez-vous de manière un peu contrainte, pour pas perdre votre historique, pour ne pas devoir ouvrir un tel chantier à un moment où vous aurez d’autres dossiers plus prioritaires.

C’est aussi pour cela que vous devez vous interroger maintenant sur une action de migration volontaire vers une autre solution, dans un calendrier que vous maîtrisez. C’est pour cela qu’en Anjou, nous avons opté pour matomo. Parce que cette solution n’est pas payante, parce qu’elle est installée sur nos propres serveurs. Parce qu’ainsi, nous sommes ainsi propriétaires de nos données d’analyse, tout en préservant la vie privée de nos utilisateurs.

Patrice Razet est responsable communication numérique au Département de Maine-et-Loire et membre du comité de pilotage de l’Observatoire socialmedia.

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