⭐️ Zapper d’un réseau social à l’autre : pourquoi cela est-il risqué ?


🔹 Marc Cervennansky est responsable du centre web et réseaux sociaux – Editions numériques à Bordeaux Métropole | Membre du comité de pilotage chez Observatoire socialmedia

Samuel Etienne, la star des papis et des mamies avec Questions pour un champion, cartonne sur Twitch, la plateforme dédiée aux ados et gamers pour suivre des parties de jeux vidéos en streaming. Non mais quoi ? Où va le monde ? Du coup, les personnalités politiques s’y précipitent. Aujourd’hui Twitch, demain quoi ? Et cela est-il pertinent ?

Il y a ceux qui sont déjà bien installés dans le paysage des réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Instagram… Tout le monde ou presque y a un compte. Et puis il y a ceux, plus récents, considérés comme des produits de niche qui du jour au lendemain deviennent “mainstream”.

Après Tik Tok, qui de l’appli pour pré ados en mal de déhanchements est passée à la plateforme relayant des revendications politiques avec le mouvement “black lives matter”, voici Twitch.

Que se passe-t-il donc sur Twitch ? Twitch, à la base, c’est une plateforme de streaming dédiée aux jeux vidéos, ciblée ados et geeks aux cheveux gras. Depuis quelque temps, le journaliste Samuel Etienne, par ailleurs animateur de l’increvable Questions pour un champion, anime sur Twitch une revue de presse matinale quotidienne, en direct de son appartement. Et ça fonctionne. Près de 387 000 abonnés au compteur ! 

Du coup, c’est l’appel d’air, comme si être présent sur Twitch était une garantie de succès assuré. Les personnalités politiques notamment, s’y précipitent, comme sur Tik Tok ou Clubhouse. Il s’agit de diversifier sa communication, soigner son image, tenter de toucher de nouveaux publics – Aaah le fantasme de la cible jeune – François Hollande et Jean Castex sont ainsi venus partager l’antenne de Samuel Etienne. De son côté, Gabriel Attal, le porte-parole du Gouvernement a invité sur Twitch des influenceurs, rémunérés pour l’occasion, dans son émission “Sans filtre”. 

Dernière plateforme en vogue, Clubhouse, le réseau social “vocal”. Ce dernier a créé le buzz grâce à son marketing bien pensé, jouant la carte de l’élitisme avec un système d’invitation par cooptation et la mise en avant de personnalités internationales présentes sur le réseau.

En France, c’est Arnaud Montebourg qui l’a rapidement investi pour y donner de la voix.

Nous pouvons aussi rester circonspect devant la multiplication de ces réseaux.

Plus localement, nos élus pourraient être à leur tour séduits par les sirènes de ces nouveaux médias. Être parmi les premiers sur ces plateformes, toucher de nouveaux publics, faire le buzz un instant et donner ainsi une image de modernité. 

Nous pouvons aussi rester circonspect devant la multiplication de ces réseaux : lesquels investir, lesquels délaisser, où dépenser son temps et son énergie ? 

Il est facile, mais aussi risqué, de créer un buzz éphémère : être la première ou une des premières collectivités à investir un nouveau réseau social. Facile parce qu’avec une bonne idée on peut se démarquer et montrer qu’on est dans l’air du temps. Risqué,  parce qu’il est nécessaire de maîtriser les codes du réseau investi pour ne pas laisser l’impression d’y arriver comme un cheveu sur la soupe. 

Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon l’ont démontré avec leur incursion totalement décalée et ratée sur Tik Tok. Et puis s’engager sur un nouveau média social c’est aussi s’inscrire dans la durée. Publier une seule fois pour attirer l’attention puis ne plus rien y faire peut à terme donner l’image inverse de celle recherchée en mettant en évidence un simple coup médiatique.

Sur le fond nous pouvons aussi nous interroger sur l’intérêt que représentent toutes ces nouvelles plateformes, sur les innovations qu’elles apportent réellement. 

Se copiant plus ou moins toutes les unes les autres, cela tourne toujours autour de microformats éphémères ou non, basées sur la vidéo, l’image et le son, sur des durées plus ou moins courtes, avec des filtres personnalisables. Il s’agit de construire des mini récits destinés à capter l’attention et garder les abonnés le plus longtemps possible, le nez collé sur l’écran de leur smartphone.

Tous les réseaux sociaux finissent par se ressembler. Que reste t’il d’Instagram, application lancée pour appliquer des filtres vintage à des photos moches afin de les rendre belles ? Racheté par Facebook qui y voyait sans doute un concurrent potentiellement sérieux, Instagram est devenu un réseau social global qui partage et mutualise de plus en plus de fonctionnalités avec Facebook. Il est à parier que les deux réseaux sociaux ne feront à terme  plus qu’un. 

Partant d’une fonctionnalité particulière qui en fait sa soi-disant originalité, chaque réseau qui s’inscrit dans la durée finit par offrir des services identiques aux autres et perd toute spécificité. Un nouveau concept chasse l’autre et le rend obsolète très rapidement.

Communicants publics, plutôt que de nous disperser, concentrons-nous sur ce que nous maîtrisons, et faisons-le bien. Peu importe que ce soit sur Facebook, Instagram, Twitter, LinkedIn, Tik Tok, Snapchat, Twitch… pourvu que nos habitants s’y retrouvent et trouvent le service recherché.


🔹 Marc Cervennansky est responsable du centre web et réseaux sociaux – Editions numériques à Bordeaux Métropole | Membre du comité de pilotage chez Observatoire socialmedia

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