♻️ ResponsiWeb : l’instrument d’analyse écoresponsable des sites publics

Une nouvelle fonctionnalité de l’Observatoire socialmedia des territoires passe au crible l’impact environnemental et l’aspect éthique (RGAA et RGPD) de 15.000 sites internet de collectivités locales. Explications méthodologiques, enjeux et perspectives.

Impact écologique, sobriété numérique, respect de la vie privée, accessibilité… Avec ResponsiWeb, notre volonté est de sensibiliser les communicants publics à des sujets nouveaux et de grande importance pour le secteur public, sans jamais stigmatiser. Cet outil d’analyse, mis gratuitement à disposition de toutes les collectivités locales, a demandé deux ans de développement et un travail acharné de vérification des URL de notre base de données par les bénévoles de notre comité de pilotage (COPIL) tout l’été. Accompagné de pédagogie, son but est d’entamer une prise de conscience. Présenté ici en version bêta, ResponsiWeb continuera d’évoluer pendant toute l’année, avec de nouveaux critères analysés.

Dans cette version 1.0, nous analysons le code source pour attribuer 3 notes :
écologique, avec des équivalences en consommation d’eau et émission de carbone ;
éthique, avec une 1ère approche du RGPD (cookies) et du RGAA (balises ALT) ;
globale, enfin, avec une moyenne pondérée des deux précédentes.

Un clic sur chacune des 8 colonnes vous permet d’effectuer un tri par la valeur souhaitée.

L’ensemble nous permet d’établir un classement général et par type de collectivités : régions, départements, villes (grandes, moyennes, petites) et intercommunalités (métropoles, communautés d’agglomération, de communes, urbaines ou encore établissements publics territoriaux). Pour rechercher une collectivité en particulier, ou dont vous ne connaissez pas la catégorie, tapez simplement son nom dans le moteur de recherche (en vérifiant que le filtre est bien sur « toutes »). Vous pouvez également filtrer les recherches par régions.

NB : si vous constatez un lien cassé ou une erreur d’URL, ce bouton permet de le signaler. Malgré tous nos efforts, il en reste certainement.

Calcul et méthodologie détaillée

Décortiquons l’algorithme pour comprendre de quoi il en retourne exactement. La note globale est la moyenne pondérée des notes écologique (60%) et éthique (40%).

Note écologique
Si Internet était un pays, il serait le 3e plus gros consommateur d’électricité dans le monde. Dans une optique de réduction de l’empreinte environnementale, des efforts doivent être fournis à l’échelle des sites internet du secteur public sur la production de CO2. Même si nous savons que le secteur public est loin d’être le plus gros pollueur, que c’est une goutte d’eau comparé à Netflix ou YouTube, nous défendons l’idée qu’il doit donner l’exemple. La page d’accueil de certains sites Internet de collectivités les plus vertueux que nous avons analysé en émettent < 0,5 grammes. L’idée n’est pas d’atteindre la perfection sur ce critère, qui implique des choix de design et développement assez drastiques, mais de connaître, et chercher à améliorer, son impact écologique. ResponsiWeb analyse ainsi votre homepage et vous indique son émission en CO2, ainsi que la quantité d’eau douce consommée à chaque affichage. En effet, pour acheminer ces données, il faut de l’énergie électrique qui, elle-même, nécessite de l’eau douce pour être produite.  NB : pour un calcul exact de l’impact écologique des sites web, il faudrait analyser toutes les pages et prendre en compte le nombre de requêtes de chacune – données dont nous de disposons pas.

Note éthique
La note éthique est la moyenne pondérée de la note des cookies (coefficient 3), liée au RGPD, et de celle des balises ALT, liée au RGAA. Mais de quoi parle-t-on, au fait ?

  • Nombre de cookies (indésirables) 
    Un cookie n’est pas, en soi, un problème. Au contraire : ces outils de tracking essentiellement liés à l’analyse de l’audience peuvent même parfois rendre de fiers services. Tout va bien, tant que l’utilisateur peut accepter (ou refuser) leur dépôt, comme l’impose désormais le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Mais lorsque des sites internet installent des cookies sur votre ordinateur, avant même votre consentement, c’est là que le bât blesse. Et c’est ce nombre de cookies déposés « illégalement » que relève ResponsiWeb. Très souvent, les communicants publics découvrent cette valeur « à l’insu de leur plein gré » – parce que l’agence a mal codé le site Internet ou que le serveur en dépose pour gérer la charge.
  • Balises ALT
    La balise ALT (ou « attribut ALT ») correspond au texte alternatif d’une image ou d’une photo sur un site Internet. Il fait partie des champs qui doivent être toujours remplis, à la fois pour la conformité du codage HTML et un bon référencement. Un travail qui revient cette fois aux communicants publics, non pas aux développeurs. C’est d’ailleurs sous l’angle du Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA) que nous l’abordons ici. En effet, lors d’une première version, nous avions attribué une note en fonction du % de balises remplies. Nous en avons longuement débattu avec le COPIL car, contrairement aux règles HTML, le RGAA ne demande de remplir que les visuels porteurs de sens et de laisser vides les images illustratives, pour ne pas ralentir la lecture par synthèse vocale. Et lorsqu’on automatise les tests, il préconise de vérifier qu’au moins une balise ALT est remplie : c’est donc la valeur que nous avons retenue ici. Patrice Razet détaille « Cela s’explique dans le cadre d’une navigation avec lecteur d’écran qui serait considérablement ralentie si toutes les balises étaient saisies. Dans l’exemple ci-dessous, s’il fallait rajouter “Deux jeunes filles masquées grimpant en accrobranche”, “composition graphique avec le pot patrimoine écrit en lettres majuscules et entouré de bâtiments”, “pictogrammes représentant un siège, une palette de peinture, un livre et une tablette”, “drapeau olympique flottant”, “panneau routier signalant des travaux”, “monotype du logo de l’Anjou, représentant une feuille dans une lettre A” »

Et demain ?

Avec cette version bêta de ResponsiWeb, nous posons une première brique et ouvrons les débats, comme la réflexion. Notre but est de sensibiliser et accompagner. Nous allons continuer à faire évoluer l’algorithme, en y ajoutant de nouveaux critères, porteurs de sens, tout au long de l’année. Et tout en continuant le travail, titanesque, de mise à jour de notre base de données. De facto, les classements vont évoluer et l’algorithme s’affiner.

Pour limiter la consommation d’énergie des serveurs, la mise à jour de ResponsiWeb sera trimestrielle, et non quotidienne comme notre analyse de performances Instagram. Il faut dire qu’avec l’un nous analysons plus de 15.000 sites web, et qu’avec l’autre, l’API ne relève les données que d’un peu plus de 1.000 comptes Instagram. Ne soyez donc pas étonnés, si vous venez de mettre en ligne votre tout nouveau site internet, que ses valeurs ne soient pas immédiatement modifiées dans le classement.

Articles, conseils, webinaires, ateliers… Tout au long de l’année, nous continuerons d’accompagner les communicants publics dans la compréhension de ces enjeux, avec un maximum de pédagogie. Vous en retrouverez le “sommaire” sur ce lien.

Et en septembre prochain, lorsque l’algorithme sera finalisé et que vous aurez pu mettre en application tous les conseils donnés, les #Hashtags2022 récompenseront – on vous l’annonce ici en première exclusivité – les meilleurs sites écoresponsables !

Au cœur de l’algorithme, avec ses développeurs

Rencontre avec Etienne Périn, développeur (notamment de MyObservatoire) et Nathan Morel-Loyer, UI designer, fondateurs de Petit Impact digital, qui ont réalisé ResponsiWeb.

Pouvez-vous détailler les critères analysés par l’algorithme que vous avez développé ? En quoi sont-ils pertinents, quelles sont leurs limites ?
À l’heure actuelle, l’algorithme opère sur deux domaines : l’écologie et l’éthique.
Pour le calcul des critères écologiques, il se base principalement sur le poids des sites analysés. Pour rappel, plus un site est lourd, plus il consomme d’énergie pour son stockage et son affichage. Pour la partie éthique, il analyse le nombre de cookies déposés sans consentement ainsi que le critère RGAA des balises alt. Cela permet d’obtenir un score global qui reflète à la fois l’impact environnemental, le respect de la vie privée ainsi que l’accessibilité. De nouveaux critères seront ajoutés régulièrement afin d’offrir une vision plus fine.

Certaines agences nous disent que leurs clients ne sont pas prêts ? Quelles contraintes cela implique-t-il sur un site internet ?
Un site éco-conçu est surtout le résultat d’une posture : comme toute conception de site internet, il est pensé, réfléchi, organisé pour offrir à l’utilisateur une expérience égale à celle d’un bon site internet. En somme, un site éco-conçu ne devrait pas avoir besoin de dire qu’il est éco-conçu ! Les contraintes de l’éco-conception sont assez minimes au final, elles sont directement liées aux usages : une vidéo en auto-load sur la page d’accueil est-elle vraiment une bonne expérience utilisateur ? Un thème wordpress multi-usages est-il proportionné aux besoins ? La réflexion en amont permet de relativiser les contraintes de poids, de ressources et de respect de la vie privée.

Quels conseils pouvez-vous donner pour aller plus loin en termes d’éco-conception, aussi bien en termes de webdesign que de développement ?
La première chose à faire, la plus facile, est de choisir un hébergeur “vert”, c’est-à-dire vérifier que sa politique prend en compte le facteur environnemental (datas-centers qui fonctionnent à l’énergie renouvelable, localisation géographique de ceux-ci, etc.).
De nombreuses astuces permettent aussi d’alléger un site existant : privilégier des polices systèmes plutôt que de polices tierses, optimiser ses images, éviter les vidéos intégrées, entre autres.
Pour un nouveau site, l’idéal reste de faire travailler ensemble, dès le début, le développeur et le webdesigner, afin de toujours privilégier le code au pixel. Le travail fait-main, en équipe offre plus d’ingéniosité 😉 !

En quoi Petit Impact digital peut-il aider les institutions publiques ?
Fort de près de 10 ans d’expérience dans le monde numérique, nous avons participé à de nombreux projets d’institutions publiques qui nous offrent une vision réaliste des besoins, des contraintes et des attentes du secteur.
Du bilan de l’actuel à la publication d’un site internet, nous savons accompagner les structures dans leur transformation numérique. Notre démarche cherche à réduire l’empreinte numérique existante en passant par une conception raisonnée et rationnelle avant un développement consciencieux et une compensation carbone. Cette façon de faire n’en est que plus forte si elle est combinée avec une sobriété éditoriale.

La sobriété éditoriale : pourquoi, comment ?

Trois questions à Ferréole Lespinasse, conseil et formation en sobriété éditoriale, rédaction et production de contenus responsables, fondatrice de Cyclop Éditorial.

On parle de plus en plus de “sobriété éditoriale” en ce moment, un concept dont tu as fait ta spécialité depuis de nombreuses années. Pourquoi cet engouement en 2021 ? 
La réduction de l’empreinte environnementale concerne également la communication web.  Luttons contre le superflu d’informations qui pollue les réseaux et les cerveaux !  Une prise de conscience /une injonction sociétale vers davantage de responsabilités des entreprises et organisations les invite à faire évoluer leur stratégie globale. Pour aligner leur propos et leurs actes, les organisations sont invitées ainsi à une communication plus sobre. C’en est même une preuve de sincérité. Cet engouement est également insufflé par les nouvelles générations entrant sur le marché du travail : elles revendiquent une communication éthique et responsable.

Pour un site internet public, qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
La sobriété éditoriale vise à :

  • réduire l’empreinte environnementale numérique en maîtrisant la publication d’informations, 
  • alléger la charge mentale du lecteur en luttant contre l’infobésité, avec une information claire et adaptée,
  • réduire la charge de travail du producteur de contenu.

Un des enjeux de la communication publique est de regagner la confiance des usagers. La confiance ne se décrète pas, bien sûr. Ceci dit, elle peut être largement appuyée par la qualité d’écriture, la simplicité et la clarté de l’information. Cela signifie donc concentrer ses propos sur la réponse à l’usager, séparer l’information entre contenus politisés et contenus d’information ainsi qu’adapter le langage administratif à l’usager. 

Quels conseils essentiels donnerais-tu à des communicants publics voulant progresser ?
1 – réfléchir à la valeur ajoutée de l’information au lieu de communiquer par habitude ou pour flatter des égos : une voie pour conforter la communication dans sa fonction stratégique,
2 – être humble et au service de son usager en résistant à la tentation de  communiquer ad nauseam,
3 – adopter un langage clair pour l’usager,
4 – planifier le cycle de vie du contenu dès sa création : publication, mise à jour, archivage et suppression.


Rédaction et interviews :

🔹 Franck Confino est ‎consultant numérique pour le secteur public, AMO, formateur, auteur et conférencier. Il est fondateur de l’Observatoire socialmedia des territoires.

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