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Damien Pfister : Aujourd’hui, nous partons Ă la rencontre de Julie Grange, cheffe de projet numĂ©rique et transformation digitale Ă la Ville de Pantin. Nous allons explorer les coulisses de la dĂ©matĂ©rialisation des services publics. Comment la communication accompagne t-elle ce changement ? Comment rĂ©pondre aux attentes des usagers tout en luttant contre la fracture numĂ©rique ? Refonte de sites, plateforme de gestion de la relation usager… Nous dĂ©crypterons les dĂ©fis d’une ville connectĂ©e mais humaine. Bonne Ă©coute !
Bonjour Julie, merci de nous accueillir Ă Pantin. Est ce que tu peux te prĂ©senter s’il te plaĂ®t ?
Julie Grange : Je m’appelle Julie Grange, je suis cheffe de projet numĂ©rique Ă la Ville de Pantin. Je suis rattachĂ©e Ă la direction de la communication. Donc Pantin est une ville de la Seine-Saint-Denis qui a un passĂ© industriel fort et oĂą il y a Ă peu près soixante mille habitants, près de deux mille agents. C’est une ville très dynamique et en pleine Ă©volution, oĂą le numĂ©rique prend un rĂ´le de plus en plus important dans la dans la relation avec les habitants. Ça fait plus de six ans que j’y travaille avec une mission centrale qui est de faciliter l’accès Ă l’information, aux services publics pour les habitants et mĂŞme les agents, de les accompagner aussi dans le dans la mise en place d’outils numĂ©riques, donc au quotidien, au niveau de ma, de ma direction. En fait, je suis rĂ©fĂ©rente sur le numĂ©rique. Dès qu’il y a une question sur un nouvel outil qui doit ĂŞtre mis en place par rapport Ă une campagne ou mĂŞme un nouvel outil pour la mise en place d’une dĂ©marche, on a une approche avec deux autres directions, la direction du numĂ©rique et la direction de la relation usagers. On va Ă chaque fois rencontrer un service qui a un besoin par rapport Ă une problĂ©matique ou une remontĂ©e d’un usager, ou mĂŞme une volontĂ© politique de mettre en place une nouvelle dĂ©marche et de la dĂ©matĂ©rialiser et de les accompagner sur sur leurs besoins, leurs attentes, les contraintes qu’ils ont et comment on peut justement les aider sur la mise en place de cet outil et trouver l’outil aussi adĂ©quat par rapport Ă ce besoin.
Damien : Merci Julie pour cette prĂ©sentation. Les deux directions que tu as abordĂ©es durant ta prĂ©sentation. Ils sont dans la direction de la communication ou est-ce que c’est des services rattachĂ©s Ă d’autres directions ?
Julie : Non, non, justement. Ce sont des services qui sont donc la direction numĂ©rique (c’est Ă la fois la partie infrastructure de tout ce qui va ĂŞtre gestion informatique de la ville) et la direction de la relation usagers qui a justement plus de retours de la part des usagers. Donc en physique, par exemple, les agents d’accueil font remonter certaines contraintes ou remontĂ©es d’usagers, enfin des retours d’expĂ©riences, de la part des usagers. Et en fait, chacun avec ses prĂ©occupations. On va enfin, par rapport au niveau de la com, par exemple, s’assurer sur le fait qu’on reconnaisse bien l’identitĂ© de la Ville, par exemple la prĂ©sence du logo qui est hyper importante, la charte graphique, mais aussi que le parcours soit fluide au niveau des dĂ©marches et que ça s’imbrique aussi dans tout l’Ă©cosystème numĂ©rique de la Ville. Parce qu’il y a le site Internet qui est central, mais des fois, il peut y avoir aussi des plateformes qui sont annexes et en fait que toutes ces plateformes puissent fonctionner ensemble et que ça soit logique sur le parcours et bien trouver l’information au bon endroit.
Damien : Merci Julie pour cette présentation de la Ville et de tes missions. Est ce que tu peux présenter ton parcours professionnel ?
Julie : Alors Ă la base j’Ă©tais pas du tout destinĂ©e au numĂ©rique. J’Ă©tais Ă l’aise avec les langues donc j’ai fait des Ă©tudes en langues Ă©trangères appliquĂ©es au commerce international. Donc j’ai rejoins Ă Lyon une Ă©cole publique. Et pendant ces annĂ©es j’ai suivi une option en numĂ©rique et ça a Ă©tĂ© le dĂ©clic : le numĂ©rique pouvait ĂŞtre aussi une nouvelle manière de s’exprimer. C’Ă©tait aussi l’expression avec les langues et que et d’avoir justement une communication assez forte et aussi stratĂ©gique avec avec la notion du numĂ©rique. Et lĂ j’ai dĂ©cidĂ© de me spĂ©cialiser. Donc lĂ je suis montĂ© Ă Paris et j’ai fait un MBA en management, marketing et communication digitale, donc Ă Sup de Pub que j’ai fait en alternance. Et donc je l’ai fait pour aussi mettre en pratique ce que j’avais appris Ă l’Ă©cole. Donc lĂ c’Ă©tait dans le secteur privĂ©. C’Ă©tait dans l’envoi de campagnes d’emailing et après, donc en agence sur du social media, sur de l’accompagnement de marques de luxe. Et un moment j’ai ressenti le besoin en fait de travailler pour le bien commun. Et c’est comme ça que je suis arrivĂ©e dans le service public, donc Ă la ville de Pantin. Et maintenant voilĂ , ça fait six ans que j’ai, comme je disais, ça fait six ans que j’y suis.
Damien : Merci, Julie. Est-ce que tu pourrais nous partager tes tips ou tes conseils pour t’inspirer dans tes missions quotidiennes ?
Julie : Alors l’une, enfin l’une de mes missions sur laquelle je travaille, c’est aussi sur les ressources, les refontes de sites parce que justement, Ă la base, j’Ă©tais arrivĂ©e Ă la Ville pour la refonte du site, et mĂŞme encore maintenant je continue des micros refontes. Je vais voir, comme la plupart, ce que font d’autres villes, mĂŞme pour des mots clĂ©s ou mĂŞme pour la prĂ©sentation d’une dĂ©marche. Aussi, utiliser le bon mot comme on le voit mieux, mieux gĂ©rer son arborescence et comment. Quels sont par exemple aussi les mots qu’utilisent les gens sur Google, les habitants ? Et comment arriver qu’il y ait un vrai maillage entre les dĂ©marches et finalement ce qu’attendent les habitants. Donc après aussi souvent pour les refontes, je regarde ce que font d’autres villes et en fait je me fais document ou moodboard oĂą en fait je fais des captures. Par exemple, pour le site, j’avais mis en place des barres de navigation, enfin des ancres de navigation. J’avais vu sur d’autres sites d’avoir une unitĂ©. En fait, mĂŞme des fois quand des homepage sont un peu longues, de pouvoir plus facilement naviguer Après aussi, oui, le partage aussi, mĂŞme quand on a une idĂ©e. Et en fait, après avoir des Ă©changes, de faire des brainstorming et de partager et en fait on co-construit finalement ensemble. C’est pareil que comme pour quand on fait des nouvelles plateformes, chaque chacun va amener sa pierre Ă l’Ă©difice et on va construire encore Ă nouveau quelque chose ensemble.
Damien : Et du coup, tu parlais de modèle de site. Est-ce que tu as des sites de collectivitĂ©s, lĂ , aujourd’hui qui t’ont parlĂ© plus que d’autres ? Est ce que tu as des exemples en tĂŞte de sites oĂą tu t’es dit ça c’est vraiment intĂ©ressant comme comme dĂ©marche ?
Julie : Sur le site Genevilliers je m’Ă©tais beaucoup inspirĂ©e. Il y avait des petites techniques. Enfin des petites choses en fait. Par exemple, les ‘En un clic’, les dĂ©marches ou plusieurs Ă©lĂ©ments qui m’avait inspirĂ©es. Après, c’est vrai, souvent c’est des sites comme ça oĂą je pioche plusieurs choses. Je ne sais pas si Ă proprement dit je pourrais citer un site. En fait, pour moi, il y a plusieurs choses qu’on peut prendre. C’est la technique que l’on peut utiliser et pas forcĂ©ment le mĂŞme rendu. Parce qu’aussi bon voilĂ , la Ville de Pantin est une organisation qui est diffĂ©rente. Donc la vidĂ©o va prendre aussi prendre de plus en plus de place. Donc il y a ça qu’il faut aussi qu’on travaille. Mais après ça, je trouve qu’Ă chaque fois c’est rĂ©adapter les techniques ou Ă l’utilisation qu’on va en faire. La ville, c’est plus qu’un exemple Ă proprement dit.
Damien : Et du coup le site de Pantin, il a été refondu en quelle année ?
Julie : En deux mille dix neuf. Là , on a encore réajusté quelques éléments. Là , il y aura un projet, peut être, de refonte suite aux élections.
Damien : Et tu parlais d’expĂ©rience utilisateur. Sur quelles bases tu arrives Ă te reposer sur pour avoir ce retour d’expĂ©rience, notamment des habitants et peut ĂŞtre aussi des agents. Est ce que tu as des techniques ? Est ce que tu as quelque chose que tu as pu mettre en place ?
Julie : Après c’est plus du finalement de l’Ă©change entre entre pĂ´les et mĂŞme voire mĂŞme plus largement de directions, parce que justement Ă chaque rĂ©union après on on a ce petit comitĂ© justement, de trois directions oĂą on va, on va dĂ©briefer après avoir rencontrĂ© les services. Moi j’ai les stats du site que je peux utiliser pour voir des tendances ou mĂŞme au niveau des newsletters. Après, sur de la dĂ©marche pure, si on a une qui a Ă©tĂ© mise en place, on peut voir justement les stats. Le nombre de dĂ©marches qui sont faites. Et après, c’est intĂ©ressant de voir combien de personnes sont arrivĂ©es sur la page de la dĂ©marche et combien finalement ont fait une dĂ©marche. Et après la finalitĂ© en plus si elle Ă©tait aboutie et combien de temps elle a pris pour ĂŞtre enfin clĂ´turĂ©e.
Damien : Je te pose cette question parce qu’il y a certaines collectivitĂ©s qui initient des groupes tests avec des habitants.
Julie : C’est pas quelque chose qui a Ă©tĂ© initiĂ© sur Pantin, forcĂ©ment. Pas encore lĂ justement pour le moment, s’il y avait un nouveau site, lĂ , on ferait juste enfin, c’est un projet de faire un questionnaire au niveau des habitants pour savoir ce qu’ils souhaiteraient nous faire remonter sur le site internet. Qu’est ce qui, des fois, il y a eu des blocages et en fait amener des tendances, avoir justement un retour parce qu’en fait nous on peut avoir une idĂ©e du site parfait, mais après au niveau des utilisations, ça peut ĂŞtre diffĂ©rent. Quand on parlait d’Ă©volution au niveau des sites, on peut citer Gennevilliers qui a mis ça en place, la possibilitĂ© que l’utilisateur gĂ©nère lui mĂŞme en fait sa homepage idĂ©ale. Ça aussi, c’est des idĂ©es qui sont intĂ©ressantes avec justement si c’est plus les actualitĂ©s qui t’intĂ©ressent, de mettre en avant les actualitĂ©s, si c’est plus le sortir, enfin les Ă©vĂ©nements et l’Ă©vĂ©nementiel qui t’intĂ©resse le plus. Après c’est des axes, c’est des choses qui peuvent ĂŞtre envisagĂ©es mais après c’est Ă voir. Est ce que les gens finalement l’utiliserais et quelles sont les limites ? Parce qu’après il y a les annuaires aussi, il y a beaucoup de choses qui peuvent ĂŞtre travaillĂ©es, mais c’est aussi savoir, parce que je pense que ce type de questionnaire permettrait aussi de savoir quels sont les rubriques les plus importantes et aussi les sujets. Parce qu’en fait, mĂŞme avec les statistiques, on se rend compte qu’il y a des sujets qui marchent mieux que d’autres. Si on peut rĂ©adapter aussi ces sujets traitĂ©s par rapport Ă ce qui intĂ©resse les habitants.
Damien : Merci Julie pour ces conseils. Maintenant, j’aimerais que tu nous partages l’action dont tu es la plus fière, que tu as pu mettre en place sur Pantin.
Julie : Donc une. C’est une contribution. En fait, comme je disais, la plupart des projets sur lesquels je travaille, c’est en fait un travail d’Ă©quipe. Oui, depuis que je suis lĂ , depuis que je suis Ă la Ville, j’ai contribuĂ© au dĂ©ploiement et Ă l’Ă©volution de plus d’une dizaine de plateformes numĂ©riques. Donc c’Ă©tait aussi bien pour les deux. Actuellement, on travaille sur un outil de gestion des ressources humaines, mais aussi une plateforme des archives municipales sur la gestion des associations, le stationnement pour mettre en place les abonnements de stationnement. BientĂ´t, peut ĂŞtre un jour une appli cimetière qui fait un site cimetière qui va sortir. L’un des projets qui Ă©tait quand mĂŞme très consĂ©quent et qui a demandĂ© beaucoup de travail de toutes les directions, ça a Ă©tĂ© la mise en place de la GRU, donc la gestion de la plateforme de Gestion de la Relation Usager qui maintenant est accessible via ‘Mes dĂ©marches’. Donc, c’est une plateforme qui a permis de dĂ©matĂ©rialiser plus d’une vingtaine de dĂ©marches supplĂ©mentaires Ă celles qui Ă©taient dĂ©jĂ prĂ©sentes, et aussi d’optimiser les dĂ©marches qui Ă©taient sur la plateforme mais qui, Ă un moment donnĂ©, ne rĂ©pondaient plus forcĂ©ment aux besoins des usagers, mais aussi du service. Et ce qui permettait de gĂ©nĂ©rer moins de dĂ©placements des habitants pour que justement ils puissent le faire en ligne. Aussi, optimiser les dĂ©lais de traitement pour qu’il y ait des fois des dĂ©marches qui, des fois restent ou sans rĂ©ponse ou avec une rĂ©ponse partielle, et aussi fluidifier des fois les Ă©changes entre les services parce que justement, parfois des dĂ©marches pouvaient arriver Ă un service et ce n’Ă©tait pas celui qui pouvait le traiter. Ou des fois, il y en avait qui Ă©taient sur deux services et que les deux services puissent correspondre en fait finalement aux besoins de l’usager. Et donc, pour travailler ensemble Ă comprendre le besoin, les contraintes, les pratiques des diffĂ©rents services pour justement faciliter aussi la prise en main par les agents. On a travaillĂ© sur des fiches explicatives de dĂ©marches pour aussi un peu vulgariser et rendre des fois des dĂ©marches qui sont compliquĂ©es au niveau administratif, avec justement, quels sont les documents clĂ©s que je vais avoir besoin pour faire ma dĂ©marche ? Quelles sont les Ă©tapes clĂ©s ? Donc en trois Ă©tapes, voilĂ mes documents. Qu’est ce qu’il me faut ? OĂą il faut que je me rende, Ă quel moment je dois m’y rendre, s’il y a des prises de rendez-vous au prĂ©alable ou ainsi de suite et vraiment fluidifier ce parcours.
Damien : Et du coup ce développement de plateforme, ça a pris combien de temps à mettre en œuvre entre la demande et la mise en ligne.
Julie : On va dire une annĂ©e Ă peu près. Parce qu’en fait, au dĂ©but, on Ă©tait parti sur sur un outil qui n’incluait la gestion du courrier. Et après, justement, la demande a Ă©tĂ© d’inclure aussi cette dĂ©matĂ©rialisation du courrier qui maintenant devient aussi une prĂ©occupation et qu’il faut qu’on prenne en compte sur les outils. Et donc ça, il y a eu un petit recadrage du projet et ce qui a un peu dĂ©calĂ© finalement, le calendrier. Mais la plateforme est sortie l’annĂ©e dernière.
Damien : OK. Et sur la partie conduite du changement, parce que lĂ , en interne, j’imagine que ça n’a pas Ă©tĂ© simple. Est ce qu’il y a eu des formations de mise en place du coup ? Comment ça s’est concrĂ©tisĂ© auprès des collègues ?
Julie : Du coup, le prestataire a fait des formations pour utiliser la plateforme et pouvoir faire les différents sas de traitement de la demande.
Damien : Merci Julie pour ce partage d’expĂ©rience très intĂ©ressant sur les coulisses du dĂ©veloppement d’outils numĂ©riques pour les usagers, mais aussi l’impact en interne. Maintenant j’aimerais qu’on parle valeur et est ce que tu pourrais nous partager une valeur qui te motive tous les jours dans tes missions ?
Julie : Pour moi, il est fondamental de garder Ă l’esprit qu’une bonne partie de la population qui est en fracture numĂ©rique. Le numĂ©rique aussi ne doit pas exclure et aussi ĂŞtre accessible par tout le monde. Et moi, dans dans mes objectifs de mon travail. Pour moi, l’un des axes c’est de aussi de simplifier, d’accompagner, de rendre comprĂ©hensible justement tout ce qui va ĂŞtre le la dĂ©marche en elle mĂŞme. Accompagner aussi les services dans l’acquisition de nouvelles compĂ©tences numĂ©riques et aussi les habitants. Des conseils numĂ©riques aident aussi les usagers Ă apprendre d’autres compĂ©tences. Parce qu’en fait, voilĂ , c’est un peu un virage quand mĂŞme. Donc il y a en plus le projet de dĂ©matĂ©rialiser de plus en plus, accompagner les gens dans cette transition.
Damien : Julie, est-ce que tu as un dernier mot pour clôturer cet entretien ?
Julie : Un focus sur les mĂ©tiers du numĂ©rique : c’est un mĂ©tier qui est Ă la croisĂ©e des chemins. En fait, il y a aussi bien la technique, la communication, l’organisation interne et le fait de rendre du service public Ă cĂ´tĂ© pour le service public. Et puis mĂŞme plus largement au niveau de la com numĂ©rique, c’est de rendre la vie des habitants plus simple.
Damien : Merci.