⭐️ Pages Facebook : nouveau paramétrage des commentaires et soupçons de censure


Par Lauric Didier-Mougin

 

Facebook n’a épargné personne ces derniers mois. Diminution importante des chiffres du reach, valorisation des pages dites de proximité (bon ça à la limite…), nouveaux raccourcis (et modalités) de confidentialité… Des fois, il faut suivre. Et les abonnés de nos Pages ne suivent pas forcément tous les changements. Ce qui pourrait passer pour un nouvel usage auquel il suffit de s’habituer a entrainé dernièrement une suspicion de censure sur la Page que j’ai l’honneur d’administrer. Depuis quelques mois (a priori depuis mars), une fonctionnalité visiblement liée au chapitre amis / famille est apparue dans la partie “commentaires” des Pages. Il s’agit d’un paramètre modifiable mais qui, par défaut, dit ceci : Amis et administrateurs de la Page.


Mais qu’est ce donc que cela ? 
Facebook a bien annoncé « une priorisation des messages qui suscitent des conversations et des interactions significatives entre les amis ». Une analyse (par le gentil algorithme) est donc effectuée sur la tendance qu’ont les abonnés à réagir aux publications (surtout des amis) et Facebook fait remonter les publications en haut du fil d’actualité. Et au-delà des simples réactions (likes, commentaires, réactions), Facebook donne la possibilité de cibler les lecteurs des commentaires.

Des risques de situations tendues et tordues

Cela peut partir d’un bon sentiment à la base, « ce que je dis ne regarde pas le monde entier, ça ne concerne que mes amis ». D’accord. Mais quid de la vocation des Pages censées offrir un espace de dialogues, d’échanges, de discussions, de partage (bref, ce qui était la philosophie de base de Facebook) ? Même si nous ne recherchons pas le commentaires ou l’interaction à tout prix, nous sommes quand même un peu soulagé quand les abonnés, et même mieux, les habitants, nous font part de leurs remarques (et si c’est positif, ils peuvent dire tout ce qu’ils veulent). Mais, et c’est un peu plus grave, la Page ne s’adapte pas totalement aux nouvelles possibilités, ce qui peut créer des situations tendues – tordues, aussi.

Explication par l’exemple

Un post d’une certaine Page (choisie totalement au hasard), avec 10 commentaires.

On voit bien le fameux bouton, qui n’est pas rouge sur Facebook
Moi (l’administrateur), je vois bien l’indication « 10 commentaires », et (plus important) je peux lire les dix commentaires (et voici les 5 premiers)

Le léger souci viendra de la conjonction :
– abonné A qui a publié pour ses amis
– abonné B qui n’est pas ami avec l’abonné A

Dans ce cas, il verra ça:

Et on voit bien que les commentaires 2 et 4 ont disparu.

Le souhait de l’abonné de réserver les commentaires de l’utilisateur Facebook est respecté, et c’est son droit le plus légitime.
Mais en a-t-il réellement conscience puisque :
 – pour être totalement dans les clous de son idée de rapprocher les amis et les familles (on va dire que nous sommes dans un monde dirigé par Grosbisou), Facebook impose la diffusion réservée aux amis par défaut. Il faut donc une action de la part de l’abonné pour proposer son commentaire à Tout le monde (Public).
 – suivant le sujet (il s’agissait là d’un sujet fédérateur, les déchets abandonnés dans la rue), il semble presque logique, pour le communicant, que les réactions soient destinées au plus grand nombre. Le post en question était quasiment cathartique pour ceux et celles qui se sont exprimé.e.s, il semblerait « normal » que les discussions soient ouvertes au plus grand nombre.

Dans un premier temps, cette nouvelle disposition, appliquée volontairement ou non, entraine parfois des incompréhensions dans le fil de lecture des commentaires. Puisque certains disparaissent, des questions posées restent sans réponses, des réponses surgissent alors qu’il n’y a pas eu de questions, quelqu’un dit Merci Jean-Michel, mais personne ne voit Jean-Michel… en clair, parfois, c’est Kamoulox dans les échanges.

Vu de loin, des fois, c’est un peu rigolo, et puis un jour, on sort du monde de Grosbisous et on reçoit ça :

Ou ça

(Je vous présente mon Troll et même si ça m’en coûte, je l’aime)

Il y a eu d’autres remarques, d’autres sous-entendus, et ces interventions ont eu le mérite de lancer LA réflexion.

Au secours, on me censure !

La différence entre le nombre annoncé de commentaires et ceux que je peux réellement voir en tant qu’abonné entraine obligatoirement, si je ne suis pas informé, si on ne me dit pas pourquoi, des interrogations, des soupçons de censure, voire, si je m’exprime sur mon ressenti, des commentaires désagréables. Car je pense qu’on me cache quelque chose. Qu’on me manipule. Après tout, c’est la Page d’une ville, donc de l’équipe municipale en place, donc c’est politique et on me montre uniquement ce que le groupe majoritaire veut bien me montrer. Et puis je me dis que ça ne peut pas venir de Facebook : ils ne censurent que les nus ou les jeunes mamans qui allaitent. Donc c’est forcément la ville, oui, on me ment !

[Au passage, rappelons ce petit précepte de base : la communication a horreur du vide. Laisse un vide, quelque chose sans explication, et ton interlocuteur se chargera de la remplir, avec généralement ce que tu ne voulais pas. Donc anticipe !]

Les commentaires négatifs ne sont jamais totalement négatifs. Tout s’explique. Les critiques font avancer le Schmilblick, on le sait. Nous les communicants qui sommes aussi CM, on le sait. Alors remplissons avec pédagogie et diplomatie. Nous savons gérer (la plupart du temps) les commentaires, même les plus hargneux. C’est notre travail et cela contribue à une image positive d’une ville ouverte qui accepte la critique, même virulente, et qui ne recule pas devant un débat. Oui, tout s’explique. Alors il serait dommage que des habitants, des abonnés pensent le contraire juste parce qu’ils n’ont pas été informés. On le dit par un post qui explique le pourquoi et le comment.

Mon troll ne m’a pas encore remercié, mais je suis sûr qu’il m’aime davantage.


Cet article vous a plu ?
Partagez-le !

 


👤 Lauric Didier-Mougin est responsable de communication de la ville de Pulnoy et membre du COPIL de l’Observatoire socialmedia des territoires. Il a rédigé ce texte avec l’attention bienveillante d’Isabelle Perrot-Cornu, directrice de communication de la ville de Maizière-lez-Metz, également membre du COPIL.
⭐️ Retrouvez tous les articles de notre blog collaboratif dans la rubrique Expertises. Une idée de sujet ? Contactez-nous pour rejoindre le club des auteurs !