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🎧 Alexis Lerat, community manager à la Ville de Pantin

Alexis Lerat, community manager à la Ville de Pantin

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Damien Pfister : Aujourd’hui, nous partons à la rencontre d’Alexis le Rat, community manager à la Ville de Pantin. Ensemble, nous allons décrypter la présence de la commune sur les réseaux sociaux et aborder le sujet de la dépendance numérique des institutions publiques face aux géants américains. Nous plongerons aussi dans les coulisses de la campagne ‘ Pantin, la ville aux mille visages ‘, qui a remporté le Grand Prix Cap’com 2025.
Enfin, Alexis nous partagera son regard sur la santé mentale des community managers avant de nous donner sa vision de l’avenir des réseaux sociaux.
Bonne écoute !
Bonjour Alexis. Est ce que tu peux te présenter et présenter ta collectivité s’il te plaît ?

Alexis Lerat : Bonjour Damien, je m’appelle Alexis Lerat, je suis community manager pour la Ville de Pantin, une commune de Seine-Saint-Denis de plus de 60 000 habitants, dynamique et populaire aux portes de Paris.

Damien : Merci Alexis. Est ce que tu peux présenter tes missions ?

Alexis : Mon rôle, c’est de faire vivre la Ville et ses actions sur les réseaux sociaux Facebook, Instagram, LinkedIn, BlueSky, YouTube et promouvoir les initiatives et événements locaux aux Pantinois.

Damien : Est ce que tu peux nous parler de ton parcours professionnel ?

Alexis : Alors moi j’ai fait une école privée, donc l’EFAP Lille, une école de communication avec une spécialité. En fin de parcours marketing digital, j’ai toujours eu tendance à vouloir le bien public, mais je m’étais plutôt tourné vers le journalisme à la base. Donc j’ai commencé ma carrière au Progrès à Lyon, qui est le journal local de la région lyonnaise en tant que community manager. Ensuite, j’ai évolué, je suis monté en région parisienne, j’ai commencé à travailler, j’ai continué à travailler à Public Sénat. Pareil, toujours dans la gestion des réseaux sociaux et j’ai voulu ensuite basculer de l’autre côté. Donc je suis arrivé à la Ville de Pantin, toujours pour m’occuper des réseaux sociaux, pour trouver ce bien commun pour le service public.

Damien : Alexis J’aimerais qu’on parle de l’usage des réseaux sociaux, notamment à l’heure où X est en train de décroître. Et Facebook, on ne sait pas trop où on en est sur les fréquentations et les usagers ainsi que sur la question des algorithmes. Est ce que tu pourrais nous en dire plus ? Comment tu gères cette période un peu complexe d’usage des réseaux sociaux ?

Alexis : Alors nous pour X, on a fait un choix assez radical. On a pris la décision début janvier de quitter X, suite aux récentes récentes changements d’algorithmes qui mettaient largement en avant des contenus pro assez problématiques sur la plateforme et qui n’étaient pas du tout en adéquation avec les valeurs de la mairie. En fait, avec la récente élection de Donald Trump, on a vu que tous les géants de la tech, notamment Meta auxquels Facebook, Instagram et WhatsApp appartient, ont décidé de tendre la main vers cette présidence d’extrême droite. On va, on va dire, les termes. Après, je pense que nous, en tant que communicants, on doit être là où les gens se trouvent aussi.
Donc, quand on a quitté X, il y avait la question qui se posait : est-ce qu’on part ou est-ce qu’on part pas ? On a vu avec les chiffres en fait, au fur et à mesure, on faisait de moins en moins de chiffres. C’était vraiment une audience très très petite. Au fur et à mesure elle se rapetissait. Donc quitter X, c’était aussi un choix politique et en termes de notoriété ou de visibilité, ça nous impactait pas tant que ça par rapport à d’autres. Je pense à des à des titres de presse qui ont décidé de partir, comme il y avait Ouest-France à l’époque, qui était parti où eux, c’était vraiment un gros, une grosse audience. Donc nous, on s’est dit que le risque était assez faible et était en adéquation avec nos valeurs.
Demain, si on devait quitter Facebook, Instagram, on pourrait le faire en adéquation avec nos valeurs. Pour l’instant, je trouve qu’il n’y a pas trop de changement de modération. Pour l’instant, ça reste assez tenu. Mais la question pourrait se poser.
La question c’est la dépendance numérique vis à vis des plateformes américaines. Aujourd’hui, en Europe, on n’a pas vraiment d’alternative. Quand on a quitté X, on a pris la décision de transférer notre compte vers Blue Sky, qui est donc un équivalent, qui est toujours une plateforme américaine, mais qui est, entre guillemets, le Twitter à l’ancienne.
La difficulté que peuvent avoir les collectivités sur les plateformes, enfin les réseaux sociaux, c’est comment adapter le message institutionnel aux tendances des tendances des réseaux sociaux. On pourrait faire des vidéos de cinq à dix minutes pour expliquer le nouvel équipement, exprimer toutes les options, dire que l’on va mettre en avant toutes les options de chaque équipement, etc. La réalité, et on le voit dans les chiffres, c’est que le temps d’attention des utilisateurs est de plus en plus courts. Adapter le message et l’offre que peut apporter la ville aux utilisateurs des réseaux sociaux, sachant que leur temps d’attention est extrêmement court. Nous, on peut voir, on a des statistiques sur les réseaux sociaux, ça s’appelle le watch. Le watch time, c’est le temps de vision en pourcentage. Et on voit qu’en vrai, les gens, ils partent dès les trois premières secondes. Déjà, aux cinq premières secondes, on perd déjà peut être cinquante pour cent de l’audience. Donc on se dit ok dans les trois premières secondes, mais tous les communicants sur les réseaux sociaux le savent aujourd’hui, tout se joue dans les trois premières secondes. Donc est-ce qu’on doit s’adapter et être à la course au, c’est un terme anglais, désolé, le clickbait c’est de provoquer une interaction ou une émotion pour qu’on regarde la suite de notre message. Est-ce que ça reste encore dans notre ton d’administration ? Il y a toutes ces questions là qui se posent. On essaie, entre guillemets, de moderniser le ton de l’institution sur nos réseaux, on joue plutôt sur la carte de la personnalisation, c’est à dire que même moi, je me mets en vidéo, en scène, pour présenter différents projets, différents sujets. Parce que aujourd’hui, les réseaux sociaux c’est aussi beaucoup la personnalisation. C’est à dire que si quelqu’un va voir un visage, ils vont peut être relier ce visage à ce compte et donc on va peut être créer une relation avec les utilisateurs et personnifier. Personnifier davantage la ville, c’est une approche qu’on a, qu’on a, qu’on a testé et qui fonctionne pour l’instant.

Damien : Et aujourd’hui, la Ville de Pantin, du coup, elle l’utilise quelle plateforme concrètement ?

Alexis : Alors aujourd’hui on est sur Facebook, Instagram, Blue Sky, Threads qui est l’équivalent donc Twitter de Meta, LinkedIn aussi. On est en train de réfléchir pour créer une chaîne WhatsApp, plutôt pour les quartiers. C’est une piste de réflexion et aussi, évidemment, un TikTok qui est le réseau social, c’est même pas mon temps, qui est un réseau social dominant aujourd’hui. On a également une chaîne YouTube.

Damien : Alexis, est ce que tu as une expérience, un projet qui te qui te tient à cœur à dont tu es le plus fier ?

Alexis : Là, je ne vais pas parler pour moi, mais je pense que c’est pour la direction de la communication de Pantin. On est fier d’avoir remporté le Grand Prix Capcom 2025 pour notre campagne de communication. Pantin, la ville aux soixante mille visages. C’est pour ça que je parle pas que de moi, parce que ça vraiment été un travail d’équipe. Donc on a photographié plus de mille cinq cents portraits de Pantinois. Des Pantinois nous ont envoyé des photos qu’on a affiché le jour de la fête de la ville aux quatre coins de la ville. On a redesigné, le site internet pour accrocher les visages partout. On a refait la Une du journal aussi, avec ces portraits de visages, etc. Sur les réseaux sociaux, on a publié plein de portraits de visages avec une charte graphique dédiée. Donc ça a été une grande campagne 360 autour de ce concept de mettre en avant ce qui fait le cœur de la ville. En fait, c’est les, c’est les Pantinois, c’est les habitants de la ville quoi. Et donc voilà, donc c’était un beau travail d’équipe et on est super content d’avoir gagné ce prix parce que c’était un travail de tout le monde. L’idée de base vient de Marie Traisnel, donc Direction de la communication et après ça a été repris par les les deux pôles. On avait installé des stands dans l’été, plein d’événements tout au long de l’année où il y a une photographe qui est venu prendre des portraits des Pantinois sur place pour enrichir tous ces portraits. Donc à la fin, ça a été un très beau résultat parce que c’est la transformation aussi physique de tout un travail, avec des portraits partout dans la ville. Les gens pouvaient aussi récupérer leurs portraits. On avait imprimé les portraits qu’on avait accrochés, l’exposition et que les gens pouvaient récupérer, donc avoir cette photo chez eux. C’était un gros travail de plusieurs mois mais qui s’est concrétisé, qui était super chouette à faire.

Damien : Et du coup, le traitement sur la partie réseaux sociaux, comment il s’est formalisé de manière concrète ?

Alexis : On attendait d’avoir quand même une bonne base de données, de portraits, etc. Au début on a appris, on a essayé de faire. Par exemple, on avait fait une sorte de top dix top des plus beaux sourires, top dix des plus beaux chapeaux parce qu’il y avait les gens qui avaient aussi des accessoires, tellement une diversité de portraits différents qu’on a essayé de trouver un point commun entre tous ces portraits. Donc sourire. Les photos d’enfants, les chapeaux à mettre en avant. Après, il va forcément essayer de prendre en photo toutes les là où les portraits se trouvent, donc toutes les affiches, les jouets, etc. Essaie de remettre ça dans une vidéo finale pour remonter l’ampleur du projet.

Damien : En fait Alexis, tu voulais nous parler de santé mentale, est ce que tu peux nous en dire plus sur sur ce sujet ?

Alexis : C’est que le sujet de la santé, le sujet de la santé mentale, c’est important, surtout pour les community managers, parce que les réseaux sociaux, c’est notre outil de travail. Ça nous accompagne quasiment toute la journée, entre guillemets, du matin jusqu’au soir, même après les heures de travail. Donc je pense que c’est important déjà pour un manager d’avoir un téléphone professionnel et un téléphone personnel parce que je sais pas si c’est partout dans les mairies ou les administrations publiques, mais c’est très important d’avoir deux outils séparés. Moi, ce que je fais du coup, pour éviter, pour éviter d’être trop sur les réseaux sociaux, parce qu’il y a un côté addiction qui est maintenant qui est assez reconnue, moi je me mets des barrières, je mets des timecodes. C’est à dire que je me limite à dix minutes par application par jour, par exemple sur mon téléphone personnel, comme ça, ça me met des barrières d’entrée. Je sais que je ne peux pas dépasser dix minutes ou quinze minutes. Ça permet de limiter, de se concentrer encore sur autre chose derrière.
Une étude comme quoi les community managers travaillent hors des heures de travail aussi, ça peut nous arriver de le faire parce qu’on a une urgence. Oui, c’est compliqué de programmer un truc à distance, donc on le fait en direct, mais on essaie de limiter au maximum en utilisant des outils de programmation, notamment pour le week-end, etc. On recherche des outils de modération pour modérer les commentaires hors des temps de travail, parce que on ne peut pas travailler, on ne peut pas être connecté. Enfin moi par exemple, sur les réseaux sociaux, je suis tout seul, des fois accompagné de stagiaires ou d’alternants etc. Mais la plupart du temps on est tout seul, donc on ne peut pas être connecté 24h/24 sur nos outils de travail. Même si on aimerait le faire, ce serait le plus efficace. Mais c’est pas possible, on a une vie derrière surtout.
J’aimerais mettre un rappel, c’est que derrière ce que vous voyez des pages de villes il y a des êtres humains derrière. On sait qu’en ce moment sur les réseaux sociaux, il y a quand même une culture de la haine qui est en train de se développer au fur et à mesure, etc. On a envie de commenter quelque chose, on a une problématique et on a on se dit  » bon, on va aller sur la page de la ville pour mettre en avant notre problème « . Et des fois, ce problème est tellement gros que les gens peuvent se lâcher. Mais je pense que toutes les équipes font au maximum pour répondre aux problèmes des gens. Il y a des êtres humains derrière. C’est important de le rappeler.

Damien : Et du coup sur là sur Pantin, est-ce qu’il y a eu des cas problématiques ou qui se sont posés sur la réponse à des commentaires qui ont nécessité une intervention autre que juste ton filtre toi de chargé de com numérique ?

Alexis : En fait, comme on essaie d’apporter la réponse la plus personnelle et la plus pratique, moi je ne connais pas toutes les politiques publiques de la ville à moi tout seul, sinon ça serait merveilleux mais c’est pas possible. Donc je vais toujours demander l’avis aux services concernés par les problématiques. On a souvent des problématiques sur les pistes cyclables : telle piste cyclable a été décalée ou il y a des travaux, etc. Donc on va toujours chercher l’information auprès des autres services. C’est un travail collectif en vrai. Après j’ai pas souvenir de trucs très problématiques non plus.

Damien : Merci pour ce partage d’expérience. Est ce que tu pourrais nous partager ta vision de notre métier de communicant dans les années à venir et surtout l’avenir des réseaux sociaux ?

Alexis : Alors moi ce qui est merveilleux, c’est qu’il est impossible de savoir comment vont se reformer les réseaux sociaux. On n’oublie pas que par exemple, Tik Tok, qui est aujourd’hui un des plus grands réseaux sociaux, le plus utilisé, a éclos il y a deux ans, mais n’existait pas avant. Donc aujourd’hui, surtout avec la géopolitique actuelle, on va se poser la question : est-ce qu’il y aura des réseaux sociaux par continent ? On n’est pas à l’abri et il faut se mettre dans le cadre du pire. Que les Américains décident de couper les services numériques en Europe et dans ce cas là, est-ce qu’on a abandonné les réseaux sociaux entre guillemets en Europe ? Est-ce qu’on se met à développer d’autres plateformes ? Est ce que ça sera des plateformes algorithmiques basées sur ce qu’on aime, ou est ce qu’on reprend à la base des bases des réseaux sociaux ?
C’était un fil chronologique, donc c’était pas basé sur nos intérêts, mais c’était juste à qui on était abonnés et et ça défilait au fur et à mesure des posts des dernières minutes, des dernières heures. Donc il y a tout ce ce sujet là. On a en Europe, on en sait qu’on a une régulation qui est très forte, qui va peut être pousser les algorithmes américains à changer ou à se transformer. Donc peut être que, en fonction du changement de ces algorithmes, on va devoir, comme je parlais tout à l’heure, peut être trouver d’autres grammaires sur les réseaux sociaux à apporter parce que les algorithmes vont changer. C’est assez compliqué de savoir. Il y a aussi la question sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Si on veut s’adresser aux jeunes de quinze à dix-huit ans, on commence à s’adresser aux jeunes de treize quinze ans. Comment on va faire ? Il y a plein de questions qui vont se poser et je pense que c’est ce que l’on attend de la législation, de savoir ce qui va se passer. Mais ça va être le gros sujet et aussi peut être ce qui est intéressant aussi, c’est qu’on va avoir une tendance à avoir une diminution des temps d’écran chez les jeunes. C’est un truc qui peut être déjà en train d’être amorcé. Je trouve que les jeunes ont une très bonne analyse de leur consommation des réseaux sociaux, et ça va peut être amener vers une diminution du temps d’écran chez les jeunes. C’est ma prédiction sur les années à venir. Peut être que je me trompe totalement et je réécouterai l’émission dans dix ans. Je vais dire tout faux mais ça sera différent. Dans dix ans, ça sera différent, ça c’est sûr.

Damien : Merci. Est ce que tu as un dernier mot pour terminer cet entretien ?

Alexis : Vive le service public ! Merci.